Le sénateur Laurent Duplomb n'est pas le plus grand défenseur de l'environnement. La première loi qui porte son nom a bien été adoptée par l'Assemblée Nationale mais la réintroduction de trois pesticides, dont l’acétamipride, avait été censurée par le Conseil constitutionnel en aôut dernier. Pas de quoi décourager le sénateur Les Républicains et ancien cadre de la FNSEA, qui revient avec une loi Duplomb 2, et souhaite de nouveau, réintroduire l'acétamipride, pesticide tueur d'abeilles, de la famille des néonicotinoïdes. "C'est un grand retour en arrière sur le plan environnemental. C'est prouvé scientifiquement, ce sont des produits très nocifs" explique Vincent Bretagnolle, écologue deux-sévrien et directeur de recherche au CNRS. "C'est aussi un retour en arrière sur les structures en charge de la protection de l'environnement comme l'Office Français de la Biodiversité (OFB) et de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES)" précise aussi l'écologue.
Est-il alors possible de se passer des pesticides alors que le refrain inverse alimente les débats dans l'agriculture productiviste ? "Dire qu'il n'y a pas d'alternatives, c'est complètement faux. Ça a été démontré par une expertise de l'INRAE (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement)". Cette étude démontre que "non seulement il existe des insecticides alternatifs à l'acétamipride qui sont moins chers et plus efficaces" mais qu'il est aussi possible de cultiver des betteraves (culture où est principalement utilisée l'acétamipride) sans utiliser de pesticides, mais "en utilisant des infrastructures agro-écologiques".
Utilisation des pesticides et rentabilité sont souvent mis côte à côte pour justifier leur utilisation. Depuis 13 ans, l'écologue deux sévriens travaillent au quotidien avec 140 agriculteurs, pour réduire l'utilisation des pesticides et d'azote sur leurs exploitations. "On a démontré sur plus de 500 parcelles que l'on pouvait réduire de 30 à 50% les pesticides, sans réduction massive de rendements. La baisse de rendement est d'environ 4%". En parallèle, le revenu des agriculteurs "augmente par économie de charges". En fonction des années, du cours des céréales, et des entrants, "ça augmente d'une centaine d'euros par hectare, et par an" conclut Vincent Bretagnolle.